
Histoires de survivantes
Nous avons rassemblé ici des histoires de survivantes du placenta accreta. Attention la lecture de ces histoires peut susciter ou réveiller un stress émotionnel.
Vous pouvez également partager votre expérience en bas de cette page et participer à notre sondage à ce lien.
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Témoignage de Pauline
Ma deuxième grossesse serait ma dernière, la nouvelle est tombée lors d’une échographie au cours de la 22ème semaine. Je présentais presque tous les facteurs de risques pour développer un placenta accreta: j’avais eu une césarienne avec hémorragie due à un placenta focalement accreta pour la naissance de mon premier bébé, depuis le début de cette 2ème grossesse, mon placenta recouvrait mon col de l’utérus complètement et ne daignait pas bouger (placenta preavia).
L’obstétricien de ville qui me suivait depuis le début de la grossesse me disait qu’un accreta est si rare que j’avais probablement mal compris le médecin lors de mon premier accouchement et qu’il ne pensait pas que je pouvais en avoir eu un. A partir du deuxième trimestre mon conjoint et moi même avons préféré être suivi dans un centre hospitalier. Je serai toujours très reconnaissante envers la docteure qui m’a fait mon écho de la 19ème semaine. Elle a pris le temps de relire mes antécédents (rapport de césarienne) et de discuter avec moi, ceci lui a permis d’identifier tous les facteurs de risques et m’a immédiatement dirigée vers un CHU avec les compétences pour diagnostiquer un placenta accreta.
Je savais qu’il vallait mieux que l’accreta soit diagnostiqué avant l’accouchement mais au fond de moi j’espérai quand même que je ne développe pas cette complication. Le jour du diagnostic, j’étais envahie par des émotions contradictoires: j’avais peur pour la suite, triste de ne pas vivre une grossesse sans risque permettant un accouchement par voie basse et j’étais très déçue par mon propre corps mais en même temps j’étais soulagée du diagnostic car un plan d’action pour la naissance allait pouvoir être mis en place.
Après plusieurs transferts vers des hopitaux pouvant faire le suivi de grossesses à risques, j’ai atterri à l’hopital Cochin-Port Royal à Paris. C’est un des centres les plus réputé en France pour la prise en charge de placenta accreta, ils possèdent une équipe multidisciplinaire dédiée aux cas de placenta accreta. L’équipe planifia ma césarienne au cours de la 35ème semaine et s’assura que je sois bien consciente de toutes les différentes étapes. Il était très clair que l’hystérectomie serait l’issue la plus probable et j’avais un fort risque d’hémorragie, un stock sang était donc prévu. L’équipe était très attentionnée avec moi et ma chirurgienne a même changé son organisation initiale pour que mon conjoint puisse être présent lors de la césarienne et que je puisse voir mon bébé avant l’anesthésie générale. Pour toute la fin de la grossesse, je ne vivais que pour le jour de la délivrance. Il était très difficile d’imaginer et de se projeter pour ma vie après la chirurgie: mon bébé et moi même pouvions y rester.
Je me souviendrai toujours le matin de la chirurgie, alors que je suis assise dans mon lit d’hôpital à sourire pour la photo, je tremble de tout mon corps intérieurement. Une fois sur la table d’opération, je ne pu me retenir plus longtemps et j’éclatai en sanglots. La préparation avant la césarienne mis 2h30 au cours desquels je me sentais seule et très vulnérable. Et pourtant je devais être forte car je laissais la vie de mon bébé et la mienne entre les mains de nombreux inconnu.e.s qui me piquaient de toute part pour la pose des nombreuses sondes et cathéters. Je pu brièvement voir mon bébé avant l'anesthésie générale: Margaux était en pleine forme. Après 8h dans les mains d’une armée de chirurgiens.nes, 6L de sang perdus, une hystérectomie, une réparation de la vessie et plusieurs transfusions sanguines, je me réveillai. Une personne amena ma bébé auprès de moi, je notai tout de suite sa peau douce avant de me rendormir aussitôt. Il s’est avéré que j’étais atteinte de placenta percreta, la forme la plus invasive, avec atteinte à la vessie. La première nuit après la chirurgie, une infirmière m’aida à tirer mon lait pour enclencher le processus de lactation car mon souhait était d’être capable d’allaiter mon bébé. Lors de mon séjour d'une semaine, j’ai bénéficié d’une équipe d’infirmières et de sage-femmes dédié pour m’aider à prendre soin de ma bébé alors que je me remettais petit à petit. Dans les jours qui suivirent, j’étais capable d’allaiter ma bébé complètement. Bien que très bien prise en charge, mon séjour à l’hôpital reste un terrible souvenir tant sur le plan physique que émotionnel. Une fois sortie de l’hôpital avec ma bébé en pleine santé, je me senti immédiatement soulagée. Malgré les douleurs, l’énergie revint peu à peu, je pus remarcher et redevins autonome relativement rapidement (au bout de 3 semaines). Cependant je n’avais pas anticipé l’après à plus long terme et me senti bien seule lorsqu’il fallu que mon conjoint retourne travailler, c’est là que le stress post traumatique me heurta de plein fouet.
Malgré une organisation millimétrée de la délivrance, cette grossesse était pleine d’inconnus (risque de saignements avant l’accouchement, accouchement très prématuré). J’étais constamment enfermée dans des émotions contradictoires: alors que j’aurais du être heureuse d’attendre un bébé, je devais aussi me préparer à un possible deuil (du bébé et des futurs potentiels bébés avec l’hystérectomie).
Les réflexions telles que “ca va aller, c’est rien, tu es forte” ou bien “au moins tu as déjà une fille”, ne me réconfortait absolument pas et ne faisaient qu’invalider ma peine. De l’extérieur, j’imagine que c’est tout aussi déroutant que pour moi; comment expliquer être pétrie de peur lorsque vous êtes supposée amener la vie?
En tant que scientifique, ce parcours reste marqué par la frustration que personne ne puisse m’expliquer comment et pourquoi un placenta accreta se développe. Le placenta accreta reste une complication rare et peu de recherche sont effectuées pour comprendre le développement de cette pathologie.
Je suis extrêmement reconnaissante envers tous.tes les supers docteur.es qui ont pris soin de moi et de ma bébé. Je reconnais aussi la chance d’être dans un pays qui peu ‘encore?’ se permettre d’avoir un système de santé robuste. Malheureusement, tout au long de ce parcours, je me suis sentie très isolée à plusieurs reprises car il n’existe pas de groupe de soutien en France.
Maintenant qu’une année a passé, j’ai une vie presque normale. Je suis capable de courir à nouveau alors qu’il y a un an j’avais besoin de l’aide de 2 personne pour m’aider à tenir assise. Grâce à l’aide d’une psychologue spécialisée, j’affronte mon stress post-traumatique. Aimer mes deux filles me donne aussi la force de me battre.
Dans un avenir proche j’aimerai être utile pour la communauté de personnes atteintes par un placenta accreta. Je lance un groupe de soutien en France et je suis ambassadrice de la National Accreta Fundation (association américaine). J’ai remarqué que cette complication est assez mal connue du grand public. J’ai maintenant l’énergie pour aider à sensibiliser à propos de cette complication de la grossesse et surtout apporter mon soutien aux patientes atteintes de placenta accreta.
Photographie par Loll Willems
Temoignage de Stephanie
Mon bébé percreta a 1 an !
Au cours de l’echographie du 3eme trimestre, le médecin fait une drôle de tête.
“Madame, il y a une anomalie dans votre échographie, vous avez un Placenta Accreta. Je suis désolé, c'est pas de chance mais vous n'auriez rien pu faire pour l'éviter”.
On m’explique que parce que j'avais eu une césarienne au cours de ma première grossesse et que le placenta c'était à nouveau placé en bas de l'utérus il s'était incrusté dans la paroi utérine jusqu'à le transpercer et s'accrocher à ma vessie. Un placenta percreta donc, le cas le plus sévère.
Il fallait m’hospitaliser tout de suite, me poser des sondes double J, programmer une césarienne avec une incision verticale, du pubis au sternum, qu'à la suite de la césarienne on fera une embolisation des veines utérines et qu'on laisserait le placenta en place en espérant qu'il s'évacue de lui-même en 6 à 12 mois,
LE CHOC
Sur le coup j'étais très loin de comprendre ce qui m'attendait réellement… car rien ne se passa comme prévu.
L'anesthésie générale enceinte de presque 8 mois, c’est terrifiant. Puis un hurlement en salle de réveil , ça on m’avait prévenu, les sondes double J c’est horrible. A se tordre de douleur pendant des jours, sur mon lit d'hôpital sans ne pouvoir rien avaler.
4kg de perdus en 1 semaine, l’histoire commençait à peine et j'étais déjà à bout de force, jusqu'à déclencher les contractions puis une césarienne d’urgence, en pleine nuit un dimanche.
L'opération est trop risquée, il faut y aller seule, mon mari restera derrière la porte. Il donnera le premier minuscule biberon (15ml!) à Alba, né à 34 semaines en pleine forme du haut de ses 2,4 kg.
L'opération se termine enfin, j’ai droit à un rapide câlin avec Alba, avant de partir en radiologie pour l'embolisation.
Une belle âme avait pris le temps d’imprimer une photo d’Alba et de la glisser dans mon lit pour la garder avec moi durant cette intervention qui a duré 4h. Je n’ai jamais su qui elle était, mais je me souviendrai toujours de sa gentillesse…
Une laparotomie verticale c’est terriblement douloureux, 10 jours pour réussir à marcher et enlever la perfusion de morphine. 10 jours de pouponnière pour Alba grâce à une équipe aux petits soins, car impossible pour moi de m’occuper d’Alba… Le peau à peau, l’allaitement, tout ça ce n'était plus pour moi.
Et le retour à la maison… j’avais rêvé de ce moment merveilleux a 4, je m'apprêtais en fait à vivre un cauchemar.
Les premiers mois d’Alba ne sont dans mes souvenirs que peur et douleurs : le placenta qui se nécrose et me tord le ventre, le risque hémorragique , et ces fichus sondes double J qui me flinguent.
La boulangère qui me croit enceinte et me félicite, les malaises et pertes de sang, les comprimés de morphine, les aller retours aux urgences, les prises de sang, échographies toute les semaines… ce n’était pas comme ca que j’avais imaginé l’arrivée de ce bébé.
Alba fut hospitalisée 2 semaines lorsqu’elle n’avait que 2 mois, la pire épidémie de Bronchiolite jamais vue apparemment… impossible pour moi d’assurer… séparées à nouveau, la culpabilité en plus.
On me dit que le placenta ne réduit pas, qu'il ne s'évacue pas, que “si vous n’en pouvez plus madame, on arrête tout, et on vous opère”. Pas facile de décider de sa propre hystérectomie. J’essaie de tenir bon.
Et puis finalement, plus le choix, une infection du placenta, une hystérectomie en urgence.
C'était reparti pour un séjour à l'hôpital, mais cette fois avec un sentiment de soulagement.
Les médecins n'étaient pas bien certains de l’état de mon utérus et des organes environnants. L'hypothèse de m’enlever un morceau de vessie et de reconstruire un uretère est émise mais, “on verra lorsqu’on ouvrira”. Les chirurgiens sont souvent très pragmatiques, et n’ont pas toujours les mots.
J’avais fait mes adieux avant de partir au bloc, terrifiée.L'anesthésiste fait des blagues pour détendre l’atmosphère, elle a l’habitude. “Allez je vous endors tout de suite, vous aurez moins de temps pour pleurer”
Je ne sais pas bien pourquoi mais je n’ai pas pu sécher mes larmes pendant 2 jours suivant l'opération. Je ne sais pas si j'étais soulagée, l’opération était réussie, si j'étais triste, si j'étais juste épuisée ou si c'était une manière d'évacuer la peur qui m’avait accompagnée pendant des mois.
Le retour à la maison fut encore plus dur que le précédent, 3 mois auparavant : avec une sonde urinaire et des sondes doubles J toujours, pendant des semaines.
2 petites filles qui réclament leur maman qui ressemble quand même pas mal a un fantôme.
Les suites chirurgicales furent encore longues et pleines de surprises. 2 laparotomies verticales, avaient tellement abimé ma ligne blanche entre les muscles abdominaux, que j’ai dû être opérée d’une eventration quelques mois plus tard. et puis directement une occlusion intestinale sur bride, la pire douleur de toute, un dernier petit tour en ambulance, une dernière opération en urgence.
Grâce à des équipes médicales au top, notamment celles de l'hôpital de la Croix Rousse à Lyon, que je ne remercierais jamais assez, 1 an plus tard, nous sommes toutes les 2 en bonne santé, Alba est un vrai rayon de soleil qui fait ses premiers pas tandis que je reprends une vie active et sportive.
J’ai décidé en 2023 avec l’aide de Pauline de fonder Placenta Accreta France, pour aider les mamans qui souffrent de la même chose et leur apporter ainsi qu'à leur famille le soutien d’une communauté qui les comprend.


Marjory est maman de 3 enfants, Loona 11 ans et demi, Louka 3 ans et Mélina 3 mois. Marjory a 39 ans et a été diagnostiquée d’un placenta accreta à la 34 ème semaines de sa dernière grossesse, voici son histoire.
" Mon 3ème bébé devait naître à terme le 24 décembre mais à cause d’un placenta preavia et de 2 précédentes césariennes, la naissance de ce 3ème bébé était prévue par césarienne le 7 décembre. Lors de la dernière échographie, le gynécologue a constaté un souci de plus avec mon placenta et en l'espace d'une journée tout a basculé. En effet, lors d'une visite en urgence pour des douleurs, la gynécologue de garde m'indique suspecter un placenta accreta.
Ayant eu des douleurs toute ma grossesse, je sentais bien que quelque chose n'était pas normal, mais on me disait que c'était des douleurs ligamentaires due au nombre de grossesses (c’était ma 6ème grossesse à cause de deux fausses couches et une interruption médicale de grossesse). Ma grossesse était aussi qualifiée de gériatrique due à mon âge avancé apparemment... La semaine suivante, le jeudi 9 novembre, j’ai eu l’échographie du 3ème trimestre avec mon gynécologue à la clinique, il confirme la forte suspicion d'accreta et m'envoi faire une IRM placentaire en urgence au CHU de Montpellier. Celui-ci confirme l'accreta avec suspicion de percreta sur la vessie. Comme quoi il faut toujours s'écouter… On me convoque donc le mardi 14 novembre pour rencontrer le professeur qui va m'expliquer ce qu'il en est. On m'informe qu’il faut que je sois hospitalisée en urgence 5 jours après, soit le dimanche 19 novembre. Une pose de sondes jj était programmée pour le lundi 20 novembre et serait suivie d’ une césarienne en urgence le mardi 21 novembre 2023 à 36 semaines.
J'avais donc 5 jours pour m’informer sur ce qu'était le placenta percreta, lire "mortalité, morbidité" , 5 jours pour tout préparer et au cas où dire au revoir à mes enfants... Ce dimanche 19 novembre arrive, on nous met en chambre avec mon mari, la pose des sondes jj était programmée pour le lendemain. Suite à cette première intervention des douleurs insupportables me font passer une nuit blanche à souffrir. Arrive alors ce fameux mardi 21 novembre 2023, ce jour-là devait donc être l'un des plus beaux jours de notre vie avec l'arrivée de notre princesse.
Ce fut quand même un peu le cas, car à 10h27, Mélina est née, 2,820kg pour 45cm.
Lors de la césarienne, il y a eu des complications et à l'ouverture la paroi utérine était tellement fine a cause de la gravidité de mon percreta que la poche des eaux n'était plus protégée par l’utérus. J'ai dû subir une hystérectomie avec ablation du col de l'utérus ainsi qu'une chirurgie sur la vessie car mon placenta avait tout envahi. J’ai du recevoir une grosse transfusion de sang (4 litres externes + 1litre à moi remis) et j’ai aussi subi une dissection de l'artère fémorale avec la pose d'un ballon. Malgré la très lourde opération qui a duré 5 heures, les médecins ont réussi...
Arrivée en salle de réveil, on m'indique que tout s'est bien passé et puis tout s'emballe, j'entends "pronostic vital engagé". Je me suis vue mourir... J'ai fais une hémorragie post-opératoire, donc je suis repassée au bloc où j'ai subi une autre transfusion (2 litres). Je me réveille dans la nuit du 21 novembre 2023 en soins intensifs et réanimation. Je passe 8 jours en réanimation, 8 longs jours branchée de tous les côtés, seule sans ma bébé, sans mon mari, sans pouvoir ni boire, ni manger, ni dormir, des médecins dans tous les sens, j’étais incapable de faire quoi que ce soit ! Une sonde naso-gastrique dans le nez, l'oxygène, les cathéters puis la mid line, le redon dans le ventre, la sonde urinaire: la totale. Les deux premiers jours sont très durs et très lourds, je ne sens pas mes jambes surtout la droite, mon intestin est arrêté et j’aimerais voir mon bébé et ma famille.
Heureusement, mon mari est là, il a du s'occuper de Mélina jour et nuit seul et malgré ça, il venait me voir. Il a géré tout avec une force incroyable, je lui suis tellement reconnaissante, je l'aime tellement ! Sans compter sur mes parents d'amour qui ont dû affronter tout ça en gérant Loona et Louka en même temps et en devant rester fort pour les enfants.
Je suis enfin remontée dans un service normal le mercredi 29 novembre en fin de journée. Dans ce service, une chambre m'attendait avec ma bébé et mon chéri. Ce n'est pas fini car je subi encore de nombreux examens de contrôle, et je dois faire face à des désagréments intestinaux. Le retrait de ce redon me fait aussi terriblement souffrir, j'ai cru que l'on me sortait les tripes à vif... Les soins sur ma cicatrice sont très sensibles malgré la chance que j’ai eu d’avoir une cicatrice horizontale.
Nous sommes sortis le dimanche 11 décembre 2023, mais la route est encore longue car je dois faire des piqûres dans les jambes pendant 1 mois encore, les jambes bleues c'est affreux. Je dois aussi prendre de l’aspirine pendant 3 mois et ces sondes jj me font toujours affreusement mal et génèrent du sang dans les urines en permanence. Ce n’est que début janvier que je fini les piqûres et qu’on me retire les sondes jj !
Le 27 janvier 2024, de fortes douleurs au ventre me font retourner aux urgences. Après un scanner en urgence on m'informe que c'est une complication post opératoire et que je fais une occlusion du grêle sur bride, cela peut arriver après des interventions au ventre. Me re-voilà avec une sonde naso gastrique dans le nez et un cathéter dans une chambre seule. Mais heureusement, j'ai évité l'intervention ils ont réussi à débloquer l’occlusion par médicaments. Je suis sortie le lendemain.
Nous sommes maintenant le dimanche 18 février, dans 3 jours cela fera 3 mois, c'est derrière moi, mais c'est encore compliqué. La route est longue et sinueuse. J’ai toujours des douleurs au niveau du rein droit et dans le bas ventre suite à un énorme hématome qui n’est toujours pas résorbé. La douleur de ma cicatrice reste encore très sensible surtout à droite où était situé le redon. Je fais face à des pertes de mémoire et à des difficultés de concentration, j'entends ces bruits de la réanimation la nuit, les cauchemars sont fréquents et mes pleurs sont incontrôlables à chaque examen de contrôle ou lorsque je raconte mon histoire. Ce sont des symptômes d’un stress post-traumatique que je subi de plein fouet. Mais je suis une battante, je ne suis pas du genre à me laisser abattre, je suis là et j'avance !
Le 21 novembre restera gravé comme le jour où j'ai failli perdre la vie pour la donner. "

Témoignage de Sonia:
J’ai accouché en 2018 de mon premier enfant, une petite fille en bonne santé, un accouchement par voie basse ou tout s'était bien passé : accouchement naturel, super rapide, j’ai poussé 3 fois et ma petite Jade était avec nous!
Seulement voila, une semaine après mon retour à la maison je me suis sentie très mal, avec des douleurs partout, des contractions, une forte fièvre… je ne tenais plus debout! Arrivée aux urgence, il s'avérait que je faisais une septicémie dû à un morceau de placenta de 4cm qui etait resté accroché dans l'utérus et que personne n’avait vu!
On m’a expliqué que le plus souvent les petits morceaux finissent par s’évacuer tout seuls après l’accouchement… la septicémie c'était vraiment pas de chance!
J’ai dû être opérée en urgence, sous anesthésie générale pour cureter ce morceau de placenta qui ne voulait plus partir.
Jade qui avait la jaunisse et moi sommes restées hospitalisées en même temps… Les médecins n’ont pas compris tout de suite ce qu’elle avait, nous avons craint une maladie rare et congénitale, toute une série de tests ont été fait, j’allais à son chevet toute la journée avec mes perfusions et rentrais dans mon service le soir… pour finalement rentrer chez nous en bonne santé 10 jours plus tard.
Deux ans plus tard nous avons voulus avoir un 2eme enfants, mais nous avons les plus grandes difficultés : 3 fausses couches en 3 ans et 3 curetages en 2020, 2021, 2022… Ces curetages à répétitions ont probablement laissé des cicatrices dans l'utérus car lorsque j’ai été enceinte de mon fils en 2023, les médecins de la Croix Rousse à Lyon ont remarqué à la toute fin de ma grossesse une anomalie : j’avais un Placenta Accreta en focal gauche de 2 ou 3 cm à l’endroit de cette cicatrice.
Une césarienne a donc dû être programmée à 35sa+6, et j’ai dû être hospitalisée pendant les semaines précédentes. Comme anticipé par le Dr de la Fourniere, j’ai perdu pas mal de sang pendant l'opération, mais tout était prévu pour me transfuser.
On m'avait également prévenu que si l'hémorragie devenait trop grave, il faudrait passer sous anesthésie générale, et procéder à une hystérectomie. je m'étais préparée.
Quelques jours avant l'opération, à la question “désirez vous un 3eme enfant” je n’ai pu que éclater en sanglots : comment imaginer ne plus pouvoir avoir d’enfant à seulement 31 ans, après 2 accouchements très loin de l'idéal que j’avais imaginé.
Le jour de la césarienne, comme ils l'avaient anticipé, le placenta ne se détachait pas complètement, et un morceau de placenta de 3 cm a dû être laissé en place.
Je suis restée sous surveillance pendant 3 semaines avec des prises de sang, échographie toutes les semaines pour contrôler l'évolution du placenta et s’assurer qu’il ne s’infecte pas.
Au bout de 3 semaines le médecin a constaté que le morceau de placenta était dévascularisé, nous pouvions donc prévoir une Hystéroscopie quelques semaines plus tard pour évacuer les restes placentaires.
Et enfin, une bonne surprise lorsque le jour de l’intervention on m’annonce que le morceau était finalement parti tout seul avec mes règles!
La chance était enfin de mon côté, j'étais libérée et ai pu commencer à profiter de mon bébé qui avait déjà presque 2 mois!

Témoignage de Maeva:
'Je souhaite partager mon expérience concernant la naissance de ma deuxième fille, une épreuve marquée par des complications graves, notamment un placenta accreta. J'espère que mon récit pourra apporter du réconfort et de l'espoir à d'autres femmes traversant des situations similaires.
Mon premier accouchement en 2019, bien que difficile, s'était globalement bien passé. J'avais accouché par voie basse, mais le retrait du placenta avait été compliqué, nécessitant une révision utérine.
Quelques semaines plus tard, j'avais dû subir un curetage sous anesthésie générale pour enlever des restes de placenta.
En 2022, lorsque j'ai appris que j'étais à nouveau enceinte, j'étais remplie de joie.
Cependant, très tôt dans la grossesse, un hématome dans l'utérus m'a contraint à un premier allitement. À partir de 29 semaines d'aménorrhée, un hydramnios a nécessité un second allitement jusqu'à 36 SA. Malgré ces complications, je restais déterminée et espérais un accouchement sans encombre.
En février 2022, à 40 SA, ma poche des eaux s'est fissurée, déclenchant ainsi l'accouchement. Encore une fois, j'ai accouché par voie basse, mais le retrait du placenta a posé de graves difficultés, nécessitant plusieurs révisions utérines.
Dix jours après l'accouchement, une fièvre de 41°C m'a poussée à me rendre aux urgences. On m'a prescrit des antibiotiques et renvoyée chez moi. Cependant, la fièvre persistait, et je suis retournée aux urgences deux jours plus tard. Le diagnostic de sepsis a été posé, il s’agit d’une réponse inflammatoire généralisée à une infection grave comme à la septicémie. Il entraîne la défaillance des organes. Mon mari s’occupait de mes 2 petites filles à la maison et j’étais seule a l’hôpital.
Les tentatives initiales de traitement par antibiotiques échouaient, et mon état s'aggravait. On m'a dit que je pourrais devoir passer la nuit en réanimation car mon cœur commençait à fatiguer. La peur et l'incertitude étaient présentes et c’est à ce moment que mon mari a est venu me rejoindre.
Heureusement, un dernier antibiotique a fini par fonctionner, et j'ai été emmenée au bloc pour retirer le placenta. Mais à mon réveil, j'ai senti que quelque chose n'allait pas. Une hémorragie massive m'a ramenée en urgence au bloc opératoire pour une seconde intervention. J’ai eu très peur et je ne savais pas quand, et si je pourrais revoir ma famille.
De retour à la maison, quelques jours plus tard, une nouvelle hémorragie a eu lieu dans ma salle de bain. Je me suis précipitée aux urgences avec ma fille de trois ans et mon bébé d'un mois. On m'a informée qu'il faudrait peut-être retirer mon utérus pour me sauver la vie. Dire au revoir à mon mari et à mes deux petites filles avant d'aller au bloc fut le moment le plus déchirant de ma vie.
Une nouvelle intervention a permis de stopper l'hémorragie, suivie d'une embolisation des artères utérines pour conserver mon utérus. Cependant, ce n'était pas la fin. Quatre autres opérations ont été nécessaires pour retirer les restes de placenta et traiter les synéchies, totalisant huit opérations sous anesthésie générale en un an.
Les premiers mois de vie de ma deuxième fille ont été marqués par l'angoisse et la peur.
Cependant, je suis immensément reconnaissante aux équipes de l’hôpital de la Croix-Rousse de Lyon, notamment les infirmières du service gynécologie. Leur soutien, leurs sourires et leur professionnalisme ont été un phare dans la tempête.
Grâce à l’aide des médecins et de la sage-femme, j'ai pu poursuivre mon allaitement, ce qui était extrêmement important pour moi. Ils ont su adapter les traitements pour me permettre d'avoir mon bébé avec moi. Le Dr de la Fournière et le professeur Dubernard ont été exceptionnels, me guidant à travers chaque étape avec compassion et compétence.
Aujourd'hui, je me sens mieux. Bien que le deuil d'un troisième enfant soit toujours présent, je suis profondément reconnaissante pour mes deux merveilleuses filles. Elles sont ma source de joie et de force. Je sais combien j'ai eu de la chance d'être soignée dans un hôpital pratiquant le traitement conservateur''.

Témoignage de Angelique:
Mon dernier accouchement : un parcours difficile, un soulagement immense
"À 37 semaines et 2 jours, j’ai donné naissance à mon sixième enfant par césarienne programmée. Une naissance attendue, mais dans un contexte médical complexe : placenta praevia et increta, anesthésie générale, risques accrus d’hémorragie. Le tout pris très au sérieux par les équipes du CHRU de Besançon, un spécialiste des placentas accreta venu spécialement du CHRU de Nancy à même fait le déplacement pour intervenir sur cette césarienne.
Avant l’intervention, j’ai été hospitalisée pour des examens pendant trois jours, seule, à trois heures de route de ma famille. Puis j’ai passé sept jours dans la Maison des familles, attenante à l’hôpital. Mon conjoint a pu venir me rejoindre avec nos enfants pour un week-end, du vendredi soir au dimanche. Ces moments partagés ont été précieux, car juste après, la séparation s’est imposée : les enfants sont repartis avec leur tante, qui a pris le relais pour s’occuper d’eux, les emmener à l’école et maintenir leur quotidien.
Le papa est resté avec moi jusqu’au mardi, jour de l’opération. Il devait repartir le lendemain, mais mon état post-opératoire l’a conduit à prolonger sa présence jusqu’au jeudi. Je suis sortie de l’hôpital cinq jours plus tard, le dimanche.
Durant ces 18 jours de séparation, les enfants ont été courageux. Ils ont ressenti notre stress, bien sûr, mais ont pu rester avec des repères forts : leur père d’abord, puis leur tante, dans un environnement familier. Ce cadre a sans doute facilité leur adaptation, même si aujourd’hui encore, quelques questions surgissent. Nous y répondons avec calme, pour les rassurer, petit à petit.
De mon côté, cette séparation a été très difficile. Passer d’une vie de famille nombreuse à une solitude quasi totale, dans un contexte aussi incertain, a été très éprouvant. L’attente avant la césarienne a été la période la plus difficile de ma vie. La peur, la solitude, l’incompréhension parfois – j’aurais aimé que l’on me dise franchement que j’avais raison d’avoir peur. J’aurais eu besoin qu’on partage cette angoisse avec moi, au lieu de vouloir me préserver. Même mon conjoint, qui avait lui aussi très peur, n’osait pas m’en parler.
Ce qui m’a sans doute le plus pesé, c’est ce sentiment d’être seule dans ce que je vivais. J’aurais eu besoin qu’on me montre que je n’étais pas la seule à avoir peur, que ce que je ressentais était légitime. Mais personne ne m’en a vraiment parlé. Peut-être que les gens ne savaient pas quoi dire, ou qu’ils voulaient me ménager… Peut-être aussi que pour beaucoup, les termes comme “placenta praevia” ou “accreta” restent abstraits, inconnus. Ce n’est pas un sujet très courant, et j’en ai bien conscience. Mais sur le moment, j’ai eu l’impression que la gravité de la situation passait inaperçue, ou qu’elle n’était pas prise au sérieux. Et ça, ça m’a pesé plus que je ne l’aurais cru.
Heureusement, une amie très chère a fait le déplacement pour venir me voir. Elle s’est installée dans un logement près de l’hôpital et m’a tenu compagnie presque toute la semaine. Sa présence m’a permis de souffler un peu, de ne pas me sentir complètement seule. Si elle lit ces lignes : mille mercis.
Le jour même de la césarienne, une échographie a été réalisée. J’ai demandé une photo du visage de mon bébé, car jusque-là, à cause du placenta, je n’avais jamais eu cette chance. Malheureusement, il était mal positionné. C’était une peur supplémentaire : partir sans même avoir vu son visage. Mais l’équipe médicale a été formidable. Ils ont anticipé chaque étape, maîtrisé chaque risque. Mon bébé est né à 12h49. Endormi, il ne respirait pas seul au départ. Une équipe entière s’est occupée de lui immédiatement et un peau à peau avec son papa a pu être mis en place. Grâce à leur réactivité, il a été stabilisé et pris en charge avec sérieux.
Moi, je me suis réveillée plus tard, branchée de partout, douloureuse, mais vivante. Et c’était déjà beaucoup. Mon utérus a dû être partiellement retiré (10 cm), une zone était proche de la rupture. J’ai été transférée directement en soins intensifs pendant plus de 24 heures, puis prise en charge jusqu’à ma sortie. À 16h, on m’a amené mon bébé. Trente minutes seulement, mais ce moment, bien que flou à cause des médicaments, a marqué le début de notre lien.
C’est à l’unité kangourou que j’ai vraiment réalisé : il était là. Il ouvrait les yeux, il respirait. Et moi aussi. Nous étions là, tous les deux.
Aujourd’hui, j’écris ces mots avec mon bébé endormi contre moi. Je peux enfin voir son visage, le couvrir de bisous, le sentir contre ma peau. Ce que je n’osais pas espérer il y a encore quelques semaines est devenu réalité.
Je remercie profondément les équipes médicales du CHRU de Besançon – les gynécologues, anesthésistes, sages-femmes – ainsi que les spécialistes venus de Nancy. Leur expertise, leur humanité et leur calme ont changé le cours de cette histoire.
C’était mon dernier accouchement. Certainement le plus difficile. Mais aussi, d’une certaine façon, le plus marquant."

Photographie par Le conte d'images
Témoignage de Severine
Je m’appelle Séverine, j’ai 2 enfants, dont une petite Noémie née le 24 Mars 2025 à la suite d’une grossesse avec placenta increta.Pour ma première grossesse, j’ai donné naissance à Célia par césarienne en semi urgence, à environ 37SA, après une hospitalisation de plusieurs semaines pour contractions, col ouvert, bradycardies fœtales et bébé en siège.Avec mon mari nous avons pris le temps de nous décider pour une seconde grossesse, et après quelques examens, aléas, reports et imprévus je suis tombée enceinte !
Le début de grossesse est estimé à fin juillet, et mi-septembre je commence à avoir des contractions, donc passage aux urgences et arrêt de travail en rapport à mes antécédents et de la supposition d’une implantation basse et proche de ma cicatrice de césarienne. Compte-tenu de tout ça, des échographies intermédiaires sont programmées, je ne sais pas pourquoi mais à chaque échographie je demande où se situe le placenta. Courant octobre l’échographiste me découvre un placenta praevia, qui sera précisé également circumvallata. Je dois rester au repos, ne rien faire qui pourrait faire saigner et je dois me préparer à vivre une seconde césarienne. C’est une déception, je pensais que je pourrai au moins essayer de faire une voie basse. En décembre je revois l’obstétricienne de ma première grossesse, et là elle a un doute sur les images, elle trouve que le placenta remonte bien haut, vers ma cicatrice de césarienne et aussi ma vessie.Elle prévient l’échographiste que je vois quelques jours après, et il confirme ce qu’elle soupçonnait, le placenta est trop fermement inséré dans l’utérus, et il n’y a plus de frontière visible avec ma vessie. Il fait une seconde lecture puis me rappelle et m’annonce les différents termes, accreta, increta, percreta, que la surveillance sera accrue et que j’aurai probablement besoin de changer de maternité pour du niveau 3 (elle est aussi accessible que la maternité que nous avions choisie).
Nous sommes le 19 décembre, le lendemain mes rendez-vous avec l’obstétricienne sont annulés à distance mais à l’approche de Noël le médecin n’est pas joignable. Je me retrouve donc juste avant les fêtes avec un diagnostic plutôt sombre, une vision des mois à venir complètement floue et alarmiste, je suis déboussolée et ma référence médicale, c’est internet ! Je me mets à rechercher des témoignages positifs, et je tombe sur l’association Placenta Accreta France, j’envoie un email le 23 décembre, Pauline me répond le 24 décembre, et me renvoie régulièrement des SMS, je me sens moins isolée. Elle m’oriente vers le groupe de soutien Facebook et là encore, je trouve un espace de parole, des échanges se font, ça fait du bien.
Grâce à un heureux hasard, ma sage-femme est mariée avec un obstétricien de la maternité niveau 3 : un rdv est planifié avec lui le 31 décembre. Ce jour-là, il m’accueille en me disant que ce qui m’arrive est rare et grave, me liste toutes les possibilités (je ne suis pas surprise, les différentes informations vues sur internet se recoupaient et je suis infirmière, j’ai une bonne idée de ce que tout ceci signifie potentiellement), me parle hystérectomie, cicatrice verticale, grande laparo, anesthésie générale, conservation du placenta, hémorragie, réanimation, prématurité, contre-indication à une autre grossesse, ligature des trompes). Il me dit aussi que certaines femmes de saignent pas ou presque pas et qu’il faut miser sur une année difficile. C’est beaucoup d’informations mais j’en avais besoin après ces 2 semaines passées dans le flou. Mes questions sont précises et les réponses sont claires. Les échographies rapprochées s’enchainent, une tous les 15 jours, une IRM est prévue fin février, pour un accouchement vers 37/38 SA comme je ne saigne pas. Je me prépare dans ma tête à l’hystérectomie, que j’envisage comme dure psychologiquement mais plus « simple » physiquement. A 38 ans, on n’envisage pas de se faire enlever l’utérus, et après 2 grossesses, même si le projet n’y était pas, se voir retirer la possibilité d’un autre enfant est compliquée à gérer. Ce n’est plus moi qui décide, ce n’est plus mon choix. Je fais alors le choix de refuser la ligature des trompes si la méthode conservatrice est choisie, parce que je veux continuer à gérer quelque chose et décider un minimum.
Il est très difficile de ne pas culpabiliser, de ne pas chercher un responsable. Je me demande maintes et maintes fois ce que j’ai fait comme bêtise pour mériter ça. C’est un coin de ciel qui me tombe sur la tête. C’est difficile également de se projeter. J’ai l’impression d’avoir une bombe dans le ventre et pourtant, s’il fallait recommencer, je recommencerai, parce que la finalité de tout ceci, c’est cette deuxième (et merveilleuse !) petite fille. La journée je fais bonne figure, je suis occupée, mais le soir les angoisses me rattrapent.Je suis centrée sur la grossesse, et non pas sur le bébé. Je touche peu mon ventre car j’ai un utérus contractile, et je ne dois absolument pas passer en travail, il ne faut pas que j’oublie que le placenta est aussi praevia.Je ne parle pas non plus beaucoup à cet enfant, alors oui j’y pense, je transmets des choses dans ma tête mais je les verbalise très peu à voix haute. J’ai acheté un journal de grossesse, je m’incite à écrire un mot chaque semaine, pour me recentrer sur Noémie, pour qu’elle ait quelque chose de moi et sur mon vécu, sur son histoire quand elle sera plus grande si elle le souhaite.
Vers le septième mois, je fais une séance de sophrologie avec ma sage-femme. Cela met en évidence deux problèmes : je bloque quand elle me parle du réveil, je n’avais pas envisagé de me réveiller, elle me dit « mais si, vous allez vous réveiller » et aussi quand elle me parle de la rencontre avec l’enfant. Je réalise que je n’ai jamais pensé à ce moment. Alors oui, j’ai préparé la chambre, choisi des vêtements, mais me projeter sur le bébé né, presque jamais. Trop de risques, trop d’enjeux, et puis si elle ne me connaissait pas à quoi bon… A partir de ce moment, j’ai essayé de mettre de côté tous les risques et de penser au positif, lui parler plus, avoir plus de contact main/ventre. Je l’ai même sentie se retourner, c’était une première pour moi. Tout au long de la grossesse, j’ai l’impression de me diriger vers une montagne mais je ne sais pas où, quand ni comment sera le sommet. L’impression aussi d’être dans une série télévisée où un nuage sombre se rapproche de plus en plus sans pouvoir rien y faire. Une partie de moi se détache, j’en parle comme si je parlais à la troisième personne, je suis très factuelle dans les explications. Jusqu’au dernier moment je me dis que ce n’est qu’une vaste blague, une succession d’erreurs et que non ce n’est pas vrai, ce n’est pas moi. C’est tellement improbable ce qui m’arrive. On a beau me dire que je fais bien, que je suis forte, je n’en sais rien, je fais ce que je peux et je ne maîtrise rien. Cela dit c’est une excellente manière d’apprendre à lâcher prise, je n’ai prise sur rien.
Puis vers 33 SA l’IRM précise le grade : increta, la bonne nouvelle c’est que le placenta n’a pas traversé la vessie, mais difficile de savoir l’insertion : l’utérus est au contact de la vessie comme sur les échographies.La conduite à tenir est donnée : il faut avancer la césarienne à 35/36 SA avec le risque de prématurité associé, ce sera la méthode conservatrice car trop de risque hémorragique, et aussi changer de praticien car il part en congés et c’est trop risqué d’attendre son retour (passage prématuré en travail, complications, envahissement de vessie…). Lors de la consultation, je pose la question du pronostic au médecin, il me répond qu’il n’a pas de boule de cristal mais que toutes celles qu’ils ont faites sur l’hôpital sont en vie. Parce que j’en suis là, j’ai peur pour ma vie. On sait que le placenta est fonctionnel, il fait son travail pour le bébé, mais il me détruit quelque part.Puis vient le moment de l’hospitalisation, j’ai du mal à me dire la naissance, l’accouchement, non ce n’est pas vraiment un accouchement, c’est une opération, clairement. Je ne sais pas si je pars pour 2h ou 8h d’intervention, il y a double équipe obstétrique, des réanimateurs bébé, les urologues sont aussi prévenus et à proximité, du sang est en réserve, le plateau d’embolisation est informé.
On part pour la maternité le dimanche après-midi avec notre fille, qui repartira avec ses grands-parents, en me disant « au revoir Maman, à mercredi ». Ma gorge se serre, je ne sais même pas s’il y aura un mercredi. On fait un monitoring, le seul de ma grossesse, ça fait du bien d’entendre son cœur battre, nous sommes dans une pièce à part, dans notre bulle. Le lendemain matin, je demande à mon mari de me prendre en photo, pour avoir une trace de mon ventre d’avant. Et puis direction le bloc opératoire, suivie par mon mari qui attendra derrière la porte jusqu’à la naissance. Vient le côté technique, en consultation anesthésiste il a été défini que je n’aurai pas de cathéter central, que plusieurs voies veineuses seront posées car j’ai un bon capital veineux.Et là, encore quelque chose d’improbable, je suis impiquable. Ils sont trois à essayer de me perfuser, la 3e perfusion sera posée sous échographie. On me colle des patchs sur le front, pour vérifier mon endormissement et que je n’ai pas de souvenirs. Je me dis que ça va vraiment être lourd.
Je ne me souviens même plus si avec tout ceci j’ai pu parler à ma fille et lui dire qu’on se rencontrerait bientôt.Avant, je lui avais dit plusieurs fois qu’on se rencontrerait, et que même si ce n’était pas immédiat, il y aurait cette première rencontre, ce premier câlin, ce premier biberon, ce premier changement de couche.Et puis je me réveille. Dans les premières choses qui me passent par la tête, c’est ok, je suis réveillée, je n’ai pas de transfusion en cours (j’ai perdu uniquement 200ml de sang, soit deux fois moins qu’avec ma première césarienne !), et quelle heure il est. Je demande évidemment comment va ma fille, et son heure de naissance aussi. Je comprends qu’ils l’ont sortie en 12 minutes seulement et que l’intervention a duré environ 3h, je suis rassurée. Je regarde mon pansement, et je me dis que cette cicatrice c’est la marque de mon combat et de ma victoire. Nous avions anticipé et acheté un appareil photo instantané, des photos de ma fille m’attendent, mais je vois flou, je somnole, j’attends d’être prête. Mon mari et Noémie viennent me voir en salle de réveil, je peux enfin la prendre sur moi, avant de nous retrouver tous les 3 en unité Kangourou. Noémie a eu besoin d’assistance respiratoire juste après la naissance, puis de compléments par sonde d’alimentation une semaine car elle buvait peu, faisait des hypoglycémies et des bradycardies. De mon côté, je me suis mise très rapidement en occlusion intestinale, je vomissais de plus en plus et l’aspect des vomissements empirait, mon ventre était tendu, les équipes ont attendu le plus possible que le transit revienne normalement mais ce n’a pas été le cas, un peu plus de 48h après la naissance j’ai dû passer un scanner en urgence et avoir une sonde nasogastrique pendant 2 jours. La douleur en elle-même était plutôt supportable compte-tenu du contexte, comme je ne supportais pas les antalgiques forts, paracétamol, antispasmodique et anti-inflammatoire en alternance étaient assez efficaces. J’ai pu me lever le lendemain de la naissance, prendre une douche, mais les soins à ma fille ont été plus longs à venir. Difficile de rester debout pour la changer avec le ventre qui cognait sur le plan à langer, de la tenir contre moi pour la calmer car elle était au contact de ma cicatrice, idem pour le biberon, d’autant plus avec nos différents matériels médicaux, c’était impossible avant plusieurs jours, mais j’ai fini par pouvoir le faire au bout d’une semaine. Le regard qu’elle a eu la seconde fois quand elle a compris que c’était moi qui allais lui redonner le biberon est indescriptible…
Après deux semaines d’hospitalisation nécessaires pour nous 2, nous rentrons à la maison, avec notre grande. Mon mari est resté tout le temps du séjour avec nous en chambre, et notre fille de presque 5 ans n’a pu venir que 2 fois avant le jour de la sortie (j’étais trop mal les premiers jours et elle était malade la deuxième semaine). Le temps passe, je ne saigne pas, je vis des suites d’accouchement somme toute classiques (excepté des prises de sang, échographies et prélèvements tous les 15 jours), je porte des protections au cas où je saignerai et comme cela ne vient pas, je finis par les enlever. Mi-mai, je commence à avoir des pertes glaireuses, mon col se modifie. Cela va durer plusieurs semaines.
Au bout de 2 mois, on m’annonce que le placenta se dirige vers le bas, et qu’il peut se décrocher à tout moment. Les choses (re)deviennent réelles, le risque prend de l’ampleur. Je panique, je ne suis pas prête, cela fait des mois qu’on me l’annonce et rien ne se passe, je m’étais habituée. C’est à partir de là que mon moral décline, je passe de je ne suis pas prête à je n’en peux plus.Par ailleurs je suis régulièrement gênée avec ma vessie, j’ai des douleurs mictionnelles, avant, pendant, après. Je n’arrive pas à la vider, j’ai une sensation de pesanteur. La masse est vers le bas, elle tire dessus et gène le passage. Petit à petit le placenta se dévascularise, et je traverse une phase de saignements et douleurs, comme des règles. Je suis épuisée de cette situation. Depuis plusieurs semaines je n’arrive plus à faire des choix (c’est toujours le cas par moments), m’alimenter est compliqué, je n’ai envie de rien.Entre le couperet hémorragique et infectieux au-dessus de la tête, la douleur au contact de mon ventre, cette cicatrice qui me surprend toujours quand je ne me prépare pas à la regarder, la fatigue même si clairement, Noémie est une crème et dort bien la nuit comme la journée, je finis par craquer. Je me rends compte aussi que mon comportement avec Noémie est « robotisé ». Je n’ai aucun doute sur mes sentiments, mais je réalise que je fonctionne avec elle comme je fonctionne avec tout depuis des mois : je joins l’agréable à l’utile. Spontanément je ne la prends pas forcément dans mes bras, mais quand je vais pour m’en occuper, je la câline etc. Je réalise aussi que je ne lui parle pas beaucoup, comme quand j’étais enceinte. Et puis un jour, le fait d’avoir repéré cette situation, ça se débloque, je ressens la fameuse vague. Je me dis que notre relation est simplement différente de celle que j’ai avec ma première. Il y a peut-être un peu moins de câlins, mais je la comprends. Dès qu’elle pleure, ou s’exprime, je sais ce qu’elle a. Je célèbre les petites victoires, des choses anodines, mais j’ai toujours du mal à faire des choix et à avoir des envies. J’essaie de voir ce temps comme le congé parental que je n’aurai jamais pris sinon, mais on est loin d’une période de « congé ».
Assez rapidement après, début août, je subis un second passage à vide, plus violent cette fois. Je reprends rendez-vous chez le médecin et je finis par accepter un traitement. Je vois régulièrement une psychologue spécialisée en périnatalité.Je fais des angoisses : quand il y a trop de monde, quand je repasse dans des endroits où j’ai été enceinte. Je n’aime pas voir mon ventre de femme encore enceinte (le placenta reste, il fait 9 cm par 9 cm, le ventre ne dégonfle pas). D’autres fois je regarde les photos, je lis mon journal de grossesse à Noémie, pour me reconnecter au positif.
Je passe une échographie début septembre avec un autre médecin, qui ne me ferme pas la porte d’un autre enfant (le risque que la situation se reproduise à l’identique voire de manière plus complexe est très élevé, mais après tout, tout dépend de l’implantation). Je suis ravie, la balle revient dans mon camp, cette fois ci c’est nous qui déciderons de re porter la vie ou pas, je l’envisagerai presque, tout en étant prudente : lors de l’intervention, ils ont découvert sur mon utérus une zone de transparence sur une dizaine de centimètres, heureusement que je ne suis pas passée en travail, sinon je ne serai peut-être plus là pour en parler.
Mi-septembre à presque 6 mois de l’accouchement les choses s’enchaînent : en milieu de semaine j’ai des pertes qui changent, et le samedi après-midi j’ai mal au ventre, c’est à distance de mes règles attendues, je me tiens prête. Le soir j’expulse tout naturellement un morceau de 2cm de placenta. J’avais déjà perdu des fibres auparavant mais rien de notable. Le lendemain matin un tout petit morceau suit. Le dimanche midi je suis gênée pour m’asseoir, du placenta commence à s’extérioriser sans se détacher. Je vais aux urgences, on me fait rentrer chez moi après examen. Je ne le sens pas, mais je rentre, que faire de plus. Le soir, je prépare tout en cas d’absence et vers 23h je vais aux toilettes, et je sens que ça tombe, un peu comme lorsque l’on perd un tampon. Sauf que ça ne s’arrête pas. J’appelle mon mari, on se coordonne : on téléphone au Samu, aux urgences. On appelle mes parents et notre voisine car il faut gérer les filles, la grande se réveille, je fais bonne figure, je me cache dans une serviette, je souris. On lui avait expliqué ce qui pouvait arriver, je lui dis que « ça arrive, c’est maintenant, mais je vais bien ». J’arrive aussi à faire un bisou à Noémie que mon mari m’amène sans la réveiller.En vrai je n’ose pas bouger, 20 cm de placenta sont sortis, ne tombent pas, on m’avait dit de ne pas tirer dessus au risque de faire une hémorragie, même si plus le temps passe moins il y a ce risque, je suis quand même dans une sacrée posture ! Les pompiers arrivent, ils finissent par m’emmener et je pars comme ça, sans aucune idée de ce qui m’attend. Je pense franchement que je vais mourir si je reste comme ça. Aux urgences, ils parviennent à faire tomber le placenta.Ils me font une échographie, seulement un tiers est parti… Il est 2h du matin, je vais rester hospitalisée, on en profite pour me faire un bilan préopératoire « au cas où ».Le lendemain je revois mon obstétricienne, j’ai toujours des pertes mais je n’ai pas saigné, mon bilan sanguin est bon, je peux sortir. Fin septembre je fais mon rdv de contrôle mensuel, la masse ne fait plus que 3.5 par 4.5cm ! Un mois plus tard la masse a encore diminué, pas d’expulsion visible, mais la vessie est enfin nettement différenciée de l’utérus, la situation évolue et elle évolue bien. Je n’ai pas de rendez-vous planifié, on mise sur une expulsion, une échographie et clore le sujet comme dit le médecin.Rien ne se passe, j’ai des contractions régulièrement, mais pas d’évacuation.
Et puis le 20 novembre, quelques jours avant les 8 mois de Noémie, je passe mon échographie de principe car mon arrêt de travail touche à sa fin : surprise ! Il n’y a plus rien dans mon utérus, le fameux « vacuité utérine » apparaît enfin sur le compte rendu ! Il semblerait que j’ai déjoué toutes les statistiques : j’ai eu le stade increta, c’est la situation intermédiaire disons, la méthode conservatrice a bien réussi, je n’ai pas saigné, je n’ai pas eu d’infection, ça a été excessivement long pour expulser mais mon placenta s’est résorbé ensuite. Il ne reste qu’une trace de la zone d’accroche, à base de tissus, de fibres, rien qui ne va poser souci à quelconque moment. Cette annonce que je n’attendais plus est un nouveau coup de massue mais positif cette fois, je m’attendais tellement à ce qu’on me dise qu’il en restait encore un peu… J’ai du mal à croire ce qu’on m’annonce, je regarde les images, je n’arrive pas à me concentrer, tout se chamboule dans ma tête. Le soulagement, l’appréhension, de fait de pouvoir vraiment commencer une vie normale, à 4. Retourner travailler, ne plus se dire que tout peut arriver à tout moment. Repartir ou juste partir dans le quotidien, sans suivi médical plusieurs fois par mois. J’appelle mon mari : « c’est fini ». Je pleure tout ce que je peux. Je prends l’air, je remonte dans le service post-partum donner des bonnets pour prématuré qui n’ont pas servi et qui ne nous serviront pas.Je vais à la boutique de l’hôpital, j’achète des magazines, un cadeau pour ma grande, je m’offre des boucles d’oreilles bien méritées ! Je préviens mes parents, mes amies, mes collègues qui ont été tellement présents pour moi tout au long de cette grossesse si spéciale. Je retrouve mon mari, chez ma généraliste, on fait le point sur les antidépresseurs, c’est encore un peu fragile, mais on envisage l’arrêt progressif dans quelque temps. Une fois à la maison, je prends Noémie dans mes bras, puis la confie à mon mari et installe Célia sur le canapé, comme lorsque nous lui avons annoncé la grossesse. Je sors l’échographie de mon sac, et je lui demande si elle voit quelque chose, « rien ». C’est exactement ça, il n’y a plus rien.Elle me regarde attentivement et avec toute la candeur de ses 5 ans elle annonce que quand même, il me reste du ventre !
Le weekend se passe, je prends la mesure de la chape que j’avais au-dessus de la tête, toujours en arrière-plan. Arrive le lundi, le premier jour où je ne suis plus en arrêt maladie depuis des mois, et le soir, je reperds un morceau, une fibre, comme annoncé. Cela relance mes angoisses, je me dis que ce n’est pas fini en fait, mais je parviens à relativiser avec l’aide de mon mari. Je préviens le médecin le lendemain, aucune incidence.Le weekend suivant nous partons en weekend à 4, pour la première fois, les choses se font naturellement et je me dis que c’est le cours de ma vie qui reprend. Il y a certains combats qu’on ne peut mener qu’en laissant faire les choses, on finit par apprendre à le faire.
Aujourd’hui, un an après la première évocation du diagnostic, malgré tout nous allons bien. Il me manque encore de la force physique, psychologiquement je reste marquée, le rapport à mon corps est difficile mais je vais écrire cette phrase qui m’avait fait tellement peur quand j’ai lu les premiers témoignages, car elle est tellement vraie : j’ai survécu.
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